Par: Marie Choquette

Lorsqu'on parle d'un oiseau souffrant de troubles comportementaux, on parle d'abord et avant tout d'un oiseau qui souffre d'inadaptation et cela quelle que soit la façon dont ce dernier exprime le problème. Cette inadaptation est causée en grande partie par l'une ou l'autre des facettes de la captivité (l'humain étant l'une des facettes), et signifie généralement que l'oiseau est incapable de satisfaire certains de ses besoins essentiels. Plus l'oiseau est maintenu dans l'impossibilité de satisfaire ses besoins à un degré élevé et plus la sévérité des symptômes est grande.

Il faut comprendre que l'oiseau est constamment tiraillé entre son statut captif et son encodage génétique d'animal sauvage. Il est donc coincé entre cette captivité qui est un mode de vie tout à fait inadapté à sa nature, duquel bien souvent il a du mal à comprendre les règles et où il se sent constamment menacé de rejet, versus son monde intérieur composé de sa génétique et de ses instincts qu'il doit constamment réprimer pour satisfaire aux exigences de l'homme. Ajoutez à cela des attentes trop élevées, de la déception et/ou de l'ignorance de la part de l'humain, et tous les ingrédients sont alors présents pour favoriser le développement de comportements anormaux chez certains oiseaux. Certains peuvent soit finir par se replier sur eux-mêmes et développer des comportements anxiogènes et d'auto agression de l'ordre du picage, de l'automutilation, de cris, de rituels et de stéréotypies, soit se rebuter et adopter des mécanismes de défenses tels que l'indifférence ou l'agression.

Trois sphères de besoins essentiels sont d'une importance capitale pour optimiser une bonne adaptation de l'oiseau à son milieu.

Les besoins physiologiques : manger, s'hydrater, se reposer, bénéficier d'une hygiène incluant les soins de base, être logé adéquatement (confort et sentiment de sécurité), faire de l'exercice (avoir la possibilité de bouger sans être restreint et par le fait même pouvoir se divertir).

Les besoins sociaux : appartenance à un groupe, le sentiment d'avoir une importance, l'estime de soi, se sentir accepté, amène un sentiment de sécurité et favorise le développement de l'autonomie.

Besoin d'aimer et de se sentir aimé : inclut l'amour, l'amitié, le respect, amène le bien-être, la confiance en soi et l'épanouissement de sa personnalité.

Pour arriver à un équilibre émotionnel optimal chez l'oiseau, les besoins des trois sphères mentionnées ci-haut doivent êtres comblées dans tous leurs paramètres.

Lorsqu'un oiseau démontre des comportements anormaux, il faut éviter de le classer selon un diagnostic de maladie mentale qui pourrait avoir pour effet de l'étiqueter selon des critères souvent inappropriés et desquels il portera inlassablement le poids versus l'humain. Ces oiseaux devraient plutôt être vus comme des victimes de l'ignorance qui ont senti la nécessité de s'évader par le biais de comportement irrationnels ou de se mettre en mode défense pour survivre et auxquels on proposera et enseignera de nouvelles bases comportementales. Pour se faire, la construction d'un lien de confiance est primordiale. Il va de soi qu'un oiseau en état de repli ou de défense est dans l'impossibilité de combler tous les paramètres de ces trois sphères. Le lien de confiance deviendra donc la clé qui vous permettra d'amener l'oiseau à réorienter ses comportements afin de lui permettre de satisfaire ses besoins essentiels.

Pour qu'une réadaptation en comportement ait des résultats optimaux, cette dernière se doit d'être empreinte de respect mutuel. Par le biais du renforcement positif, vous créerez chez l'oiseau une motivation qui l'induira dans une volonté d'action positive.

Le rôle de l'éducateur prend ici des proportions importantes puisque la réussite de la réadaptation sera en grande partie liée aux actions posées et aux attitudes adoptées par ce dernier. Des qualités telles que la patience, la constance, et la capacité d'objectivité de même que la sensibilité et l'amour doivent être à la base de la réadaptation. Ce dernier doit aussi pouvoir accepter la rechute sans juger ni blâmer.

La reconstruction d'une identité n'est pas chose facile et peut demander du temps. L'oiseau doit modifier plusieurs de ses perceptions, faire abdiction des mécanismes de survie qu'il avait mis en place, défaire des liens et en reconstruire de nouveaux en rapport avec son environnement et ses relations sociaux affectives.

Aucun individu ne peut intervenir efficacement auprès d'un oiseau en souffrance s'il ne croit pas à la possibilité d'un changement. Entreprendre une réadaptation en comportement c'est prendre un engagement envers l'oiseau et croire qu'il est capable de progresser.

" Patience dans l'inconfort, mais dans l'espoir d'une revanche qui en vaille la peine." Ambrose Bierce

(www.lacolonie-perroquet.com)

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