Par: Marie Choquette

Il existe plusieurs énoncés en matière de comportement aviaire qui devraient porter à la réflexion. Qui n'a pas déjà entendu parler d'oiseaux psychotiques, névrotiques ou encore qui souffrent de " TOC " ou Troubles Obsessionnels Compulsifs. À la suite de tels énoncés, des questionnements s'imposent : Comment mesurer ce type de diagnostic chez un oiseau? Quel peut être l'ampleur d'un tel diagnostic dans la relation qu'entretient un propriétaire avec son oiseau? Qui pause ces diagnostics? Sont-ils habiletés à poser de tels diagnostics? Peu importe le nombre d'années d'expérience que l'on a en comportement psittacidés, il faut être conscient que seuls des professionnels de la santé mentale sont habiletés à poser ce genre de diagnostics, du moins c'est le cas chez les humains…

Dans un premier temps, pour bien exposer le non sens de l'application de ces termes en ce qui a trait aux psittacidés, il est approprié de revoir la définition de ces termes ainsi que les symptômes qui s'y appliquent.

Donc, qu'est-ce qu'une psychose?

La psychose se caractérise par :
- une perte de contact avec la réalité;
-l'incapacité de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas;
-un changement significatif du schéma de la pensée (difficulté à se concentrer, perte de mémoire, pensées décousues) ;
-des idées délirantes sans rapport avec la réalité et la culture de l'être;
-des hallucinations (visuelles, auditives, olfactives et gustatives);
-un changement d'humeur et de la difficulté à exprimer ses sentiments ;
-un comportement désorganisé (incapacité d'accomplir ses tâches quotidiennes telles que faire sa toilette, s'habiller convenablement et préparer ses repas);

Il est essentiel pour guérir une psychose d'administrer des antipsychotiques qui ont pour effets de soulager les symptômes et de prévenir les rechutes.

De plus, il est très difficile de diagnostiquer une psychose puisque, très souvent, cette dernière fera partie des symptômes reliés à d'autres maladies mentales comme les troubles schizophréniformes, les troubles bipolaires, les troubles schizo-affectifs et bien d'autres. (ACSM).

Maintenant qu'est-ce qu'une névrose?
Elle se traduit par des troubles de l'affectivité et de l'émotivité, mais le malade garde ses fonctions mentales intactes. En effet, contrairement à la psychose, la névrose n'altère pas gravement la personnalité et il n'y a pas de perte de contact avec la réalité. D'une manière générale, la névrose est due à un conflit psychique non résolu (impossibilité de choisir entre 2 pulsions contradictoires, d'intégrer un interdit, de surpasser un traumatisme, ...).
En fait, c'est une étape de la maturité psychique qui n'a pas été franchie. Maintenant, il y a plusieurs sortes de névroses : obsessionnelle, hystérique, phobique, traumatique, asthénie névrotique, et la névrose de conversion. (ACSM).

Ceci dit, les sens de la névrose et de la psychose sont très larges. Lorsque l'on dit d'un oiseau qu'il est psychotique, à quelle maladie mentale fait-on référence? De même, que lorsque l'on parle d'un oiseau névrosé, de quelle névrose souffre-t-il?
Cela n'est pas sans importance pour établir un plan de soins adéquat!
De plus, comment peut-on mesurer ces symptômes chez un oiseau? Comment peut-on dire dans le cas d'une psychose, qu'un oiseau souffre d'une perte de contact avec la réalité, que ses pensées sont déstructurées ou qu'il souffre d'hallucinations? Quels sont les critères de mesure de ces symptômes chez un oiseau? Ou encore dans le cas d'une névrose; Comment peut on établir, hors de tout doute, que l'oiseau est conscient de sa maladie et qu'une étape de sa maturité psychique n'a pas été franchie?
Pas si simple n'est-ce pas…

Pour ce qui est du TOC, c'est en fait l'obsession d'une pensée angoissante qui s'impose et dirige toute la vie de l'individu, au point de lui faire perdre le sens des priorités. Tenaillée par l'angoisse, la personne tente de se soulager rapidement au travers des mesures de réassurance. L'accomplissement de rituels, appelés aussi compulsions, et l'évitement de certaines situations intolérables en font partie. Les victimes d'un TOC ont toutes consciences de l'absurdité de leur comportement ou de leurs pensées, mais elles ne parviennent pas à s'en débarrasser malgré leurs efforts. C'est un besoin irrépressible et incontrôlable (APA).
Maintenant, est-ce que l'on peut affirmer hors de tout doute qu'un oiseau qui " semble " souffrir de compulsions (le terme adéquat pour définir ces comportements chez les animaux est "stéréotypies") est conscient de l'absurdité de son geste et qu'il fait des efforts pour se débarrasser de ces comportements?
Il est à noter qu'il existe aussi des TOC reliés à la présence de kystes ou de lésions. Ceci dit, est-ce qu'une lésion organique peut se traiter seulement par le biais d'une thérapie comportementale qui, de surcroît, est établie à la suite d'une consultation de trois ou quatre heures?
Il faut comprendre que même chez les humains, les diagnostics de maladies mentales précis sont très difficiles à établir et des échelles d'évaluation doivent généralement être utilisées pour arriver un diagnostique le plus complet " possible ". Par exemple, l'instrument le plus couramment utilisé pour mesurer les symptômes est le PANSS, suivi du BPRS . Le PANSS est un questionnaire en 30 points qui évalue les symptômes psychiatriques positifs, négatifs et généraux selon trois échelles distinctes (Kay et coll., 1987). Le BPRS comprend 18 questions d'entrevue de nature objective et subjective (Overall et Gorham, 1962). Les deux instruments sont fondés sur un plan clinique complet. c'est-à-dire qu'ils incluent de nombreux symptômes importants, fiables et valides qui sont largement utilisés dans le domaine de la santé mentale.
Il convient aussi de faire certaines observations générales. Si l'objectif visé est simplement de faire en sorte que les symptômes ne s'aggravent pas, il est alors essentiel que tous les symptômes importants soient mesurés par l'instrument et que les questions soient suffisamment détaillées pour que l'on puisse saisir les différents degrés de gravité de ces symptômes.
Cependant, si l'objectif est d'atténuer un ou plusieurs des symptômes, les questions importantes à se poser sont alors celles-ci : quels sont les symptômes qu'il importe de mesurer? Quels sont les degrés de gravité des symptômes à prendre en considération? Quelle est la meilleure façon de mesurer les changements dans la gravité des symptômes? Quels changements ou écarts dans certains symptômes ou dans l'ensemble des symptômes faut-il considérer comme importants? Non seulement l'instrument doit-il être complet, c'est-à-dire comprendre tous les symptômes pertinents et importants et suffisamment détaillé pour évaluer divers degrés de gravité des symptômes, mais il doit aussi permettre de mesurer ce que l'on juge être des " écarts ou des changements importants d'amplitude minimale " puisque les écarts même légers peuvent s'avérer statistiquement significatifs.
Comme vous pouvez le constater les diagnostique de troubles mentaux ne peuvent pas être posés à la légère. Beaucoup d'observations doivent êtres prises en compte selon des critères préétablis et précis pour pouvoir établir un diagnostique adéquat.
Maintenant, si nous sommes d'accord pour dire que les perroquets ont une structure psychologique différente de la nôtre, comment peut ont aussi aisément leur attribuer des pathologies qui s'adressent à la psychologie humaine?
Certains spécialistes qui utilisent allègrement ces termes vous diront tout bonnement que les applications de ces termes sont différentes lorsque liés à la structure psychologique animal…Vraiment? Et quels sont les études qui en ont mesuré les applications chez les perroquets?

D'autres diront " bah! Après tout l'oiseau a bel et bien une faiblesse alors un nom ou un autre quel différence ça peut faire? "

Sans conséquences direz-vous?
En fait le danger est qui si vous apposez un diagnostic de psychotique ou encore de névrosé à votre oiseau, il y a de forte chance pour que vous et votre entourage le traitiez en tant que tel, c'est-à-dire selon les préjugés et l'image représentative qu'amènent les mots " maladie mentale ". Et si le diagnostique s'avèrerait être inadéquat pour votre oiseau, ne risquez vous pas d'avoir des interactions inappropriés, voire peut être même totalement inadéquates envers ce dernier?

(www.lacolonie-perroquet.com)

"La Raison c'est la folie du plus fort."Eugene Ionesco
Réf : Agence de la santé publique du canada
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